Un nouveau visage pour la confidentialité mobile
À l’heure où nos téléphones en savent souvent plus sur nous que nos proches, un constructeur ose aller à contre-courant. Murena, entreprise déjà reconnue pour ses smartphones « dégooglisés », revient sur le devant de la scène avec un appareil qui promet une confidentialité jamais vue : le Hiroh Phone. Ce modèle ambitionne de rendre le contrôle total à l’utilisateur grâce à un système ingénieux de boutons kill switch — une première dans l’univers du mobile moderne.
Murena s’adresse à tous ceux qui se sentent épiés, traqués ou simplement lassés de devoir sacrifier leur vie privée pour profiter d’un smartphone performant. Avec le Hiroh Phone, le fabricant américain veut montrer qu’un téléphone intelligent peut l’être sans espionner.
L’esprit du Hiroh Phone : reprendre le contrôle
Un smartphone sans Google, mais pas sans intelligence
Le Hiroh Phone fonctionne avec /e/OS, un dérivé open source d’Android (AOSP) totalement débarrassé des services Google. Concrètement, cela signifie qu’aucune donnée ne remonte automatiquement vers les serveurs du géant du web. Pas de suivi publicitaire, pas de synchronisation forcée, pas de géolocalisation cachée.
Le système est conçu pour offrir toutes les fonctions essentielles d’un smartphone moderne — navigateur, messagerie, calendrier, cartes — sans dépendre d’un écosystème centralisé. L’App Lounge, boutique intégrée de Murena, permet de télécharger la plupart des applications Android tout en affichant un score de confidentialité de 0 à 10 pour chacune d’elles. Une transparence inédite dans un monde où la majorité des utilisateurs ignorent totalement ce que leurs applications collectent en arrière-plan.
Les fameux « kill switch » : deux interrupteurs pour couper court
Ce qui distingue vraiment le Hiroh Phone, ce sont ses deux interrupteurs physiques, situés de chaque côté du boîtier. L’un désactive instantanément le micro et les caméras ; l’autre coupe toutes les connexions sans exception — WiFi, 5G, Bluetooth et GPS.
Ces boutons physiques garantissent qu’aucune application, même malveillante, ne peut réactiver les capteurs sans votre accord. Murena promet ainsi une déconnexion totale, impossible à contourner par logiciel. Une manière simple, mais efficace, de répondre à une peur bien réelle : celle d’être espionné à son insu.
Plus qu’un téléphone, une déclaration
Le Hiroh Phone s’adresse clairement à une nouvelle génération d’utilisateurs : ceux qui veulent des appareils performants sans compromis sur la vie privée. Murena ne cache pas son ambition de concurrencer les géants du secteur, non pas sur le terrain de la puissance brute, mais sur celui de la confiance.
L’appareil est livré avec un compte @murena.io et 1 Go de stockage cloud sécurisé. Ce service maison garantit que vos fichiers personnels ne transitent pas par des serveurs étrangers et restent chiffrés de bout en bout. Murena s’engage aussi sur un suivi logiciel de cinq ans minimum, incluant les mises à jour de sécurité, un point souvent négligé par les marques plus grand public.
Une stratégie de positionnement ambitieuse
Le paradoxe du « milieu de gamme premium »
Techniquement, le Hiroh Phone coche toutes les cases d’un appareil haut de gamme : écran AMOLED de 6,7 pouces, batterie de 5 000 mAh, triple capteur photo, 512 Go de stockage et 16 Go de RAM. Pourtant, son positionnement reste hybride : un téléphone milieu de gamme dans sa philosophie, mais vendu au prix d’un flagship.
Murena justifie ce tarif (environ 1 200 €, avec une offre de précommande à 1 000 €) par la qualité de fabrication et la philosophie du produit. Le client paie moins pour la performance brute que pour la tranquillité d’esprit, un luxe rare à l’ère du tout-connecté.
Une campagne de précommande inédite
Le constructeur a ouvert une phase de précommande où un acompte de 100 € permet d’obtenir un bon d’achat de 200 € à la sortie du téléphone, prévue pour début 2026. Ce système permet à la marque de jauger l’intérêt du public avant la production de masse, tout en récompensant les premiers soutiens. Une stratégie habile qui rappelle celles des startups tech les plus audacieuses.
Le défi de Murena : convaincre le grand public
Même si le message séduit les utilisateurs sensibles à la protection des données, la question demeure : le grand public est-il prêt à payer cher pour un smartphone sans Google, sans publicité et sans tracking ? L’expérience utilisateur sera-t-elle à la hauteur des géants comme Apple ou Samsung, dont les écosystèmes sont fluides et puissants ?
Murena joue ici une carte risquée, mais cohérente. L’entreprise mise sur un public de niche, technophiles ou professionnels de la cybersécurité, qui voient dans le Hiroh Phone un outil de liberté plutôt qu’un simple gadget. À long terme, si la confidentialité devient une véritable valeur grand public, Murena pourrait bien avoir pris une longueur d’avance.
Une évolution inévitable de notre rapport à la technologie
Le succès potentiel du Hiroh Phone traduit un changement profond dans notre rapport au numérique. Ce n’est plus seulement la performance ou le design qui comptent, mais la confiance. De plus en plus d’utilisateurs veulent savoir où vont leurs données, qui les utilise et pourquoi.
Si la promesse de Murena se concrétise, ce smartphone pourrait marquer une étape importante vers une technologie plus éthique et respectueuse. Le kill switch, en apparence anecdotique, devient alors un symbole fort : celui d’une reprise de pouvoir sur nos outils numériques.