Malgré son annonce en mai 2024, l’outil Media Manager d’OpenAI, destiné à protéger les œuvres artistiques contre l’utilisation non autorisée pour l’entraînement des modèles d’intelligence artificielle, semble être encore loin de sa mise en place. Pourquoi cette lenteur dans son développement et quelles sont les inquiétudes qui en découlent ?
OpenAI et le retard de Media Manager
L’annonce de Media Manager : un projet ambitieux
Lancé en mai 2024, l’annonce de Media Manager semblait offrir une solution tant attendue par les artistes et créateurs de contenu. Cet outil devait permettre aux propriétaires de données de signaler leurs œuvres et de choisir comment celles-ci seraient utilisées dans les recherches et l’entraînement des modèles d’IA. Cependant, malgré cette promesse, le développement de Media Manager semble s’étirer dans le temps, avec peu de mises à jour de la part d’OpenAI.
Une priorité reléguée à l’arrière-plan
Depuis l’annonce, la société OpenAI a continué d’évoluer, avec des projets comme son système O3, capable de rivaliser avec l’intelligence humaine, ou encore des ambitions pour des robots humanoïdes. Mais Media Manager, bien que présenté comme essentiel pour la protection de la propriété intellectuelle, n’est toujours pas opérationnel. En octobre, un des responsables du projet, Fred von Lohmann, est même passé à un rôle de consultant à temps partiel, un signe que l’outil ne semble plus être une priorité pour l’entreprise.
Les difficultés de développement du projet
La complexité de l’identification des œuvres
Le principal défi rencontré par OpenAI dans le développement de Media Manager réside dans la difficulté d’identifier efficacement les œuvres protégées à une échelle aussi vaste. En effet, pour qu’un tel outil soit efficace, il faudrait une base de données extrêmement détaillée et une technologie de reconnaissance très avancée, capable de repérer des œuvres originales, mais aussi celles qui auraient été modifiées ou copiées sur des plateformes tierces.
Les préoccupations sur le transfert de responsabilité
Une autre inquiétude soulevée par des experts comme Ed Newton-Rex, fondateur de Fairly Trained, est le fait que Media Manager pourrait transférer la charge de la gestion des droits de propriété intellectuelle directement sur les créateurs. Cette responsabilité incomberait aux artistes, qui devraient fournir des informations détaillées pour signaler des violations. Cela pourrait entraîner une surcharge administrative et un risque d’erreur.
Les alternatives proposées par OpenAI
En attendant le lancement de Media Manager, OpenAI a mis en place des formulaires permettant aux artistes de signaler l’utilisation non autorisée de leurs œuvres. Toutefois, cette méthode reste compliquée, car elle demande de soumettre une image ou une description détaillée de chaque élément à supprimer. De plus, bien que des outils existent pour empêcher la collecte d’informations sur des pages web spécifiques, il n’y a actuellement aucune méthode pour bloquer l’utilisation de fichiers audio, vidéo et texte.
Les implications pour la propriété intellectuelle
Une gestion compliquée de la propriété intellectuelle
Le principal problème soulevé par Media Manager est qu’il pourrait permettre à OpenAI d’« utiliser » des œuvres protégées sans demander la permission explicite des créateurs. Cela soulève des questions fondamentales sur la manière dont la propriété intellectuelle est gérée dans le cadre de l’entraînement des modèles d’IA. Plusieurs procès ont déjà été intentés contre OpenAI pour utilisation non autorisée de données protégées, bien que la firme ait signé des partenariats pour obtenir certaines licences. Toutefois, ces partenariats n’ont pas permis de satisfaire toutes les demandes, et beaucoup considèrent que les sommes allouées sont insuffisantes.
Le recours à l’utilisation équitable
L’un des arguments que OpenAI invoque pour justifier l’utilisation de ces œuvres sans autorisation est le principe d’utilisation équitable. L’entreprise soutient que ses modèles d’intelligence artificielle créent des œuvres « transformatrices », c’est-à-dire qu’elles ne sont pas de simples reproductions ou plagiats, mais des créations nouvelles. Si OpenAI parvient à prouver que ses modèles d’IA génèrent des œuvres originales, cela pourrait réduire la nécessité de l’outil Media Manager.
Un changement de paradigme pour les artistes
Pour les créateurs de contenu, cependant, cette notion d’utilisation équitable peut poser problème. Beaucoup d’artistes estiment qu’il est injuste que leurs œuvres soient utilisées sans compensation et sans contrôle, surtout lorsque l’IA peut produire des résultats qui semblent imiter ou reproduire leurs créations. Ainsi, Media Manager pourrait offrir une solution, mais le fait qu’il soit encore en développement crée un sentiment de frustration dans la communauté des créateurs.
L’avenir incertain de Media Manager
L’absence de date de lancement
Malgré des annonces initiales prometteuses, aucune date précise de lancement de Media Manager n’a été communiquée. Le manque de communication de la part d’OpenAI sur l’avancée de cet outil alimentent les spéculations. Certains experts estiment même que la société pourrait choisir de repousser sa mise en œuvre en raison des complexités techniques et des enjeux juridiques qu’elle comporte.
L’impact sur les créateurs
Tant que Media Manager n’est pas opérationnel, les créateurs de contenu doivent continuer à s’adapter aux pratiques en vigueur, qui incluent la mise en place de demandes de retrait manuelles et des partenariats pour la gestion de leurs droits. Ce processus peut être frustrant et chronophage, notamment pour ceux qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour protéger efficacement leurs œuvres.